Interview with Nja Mahdaoui

Martina Corgnati

“Can this now ubiquitous use of script be described as a movement? Are the reasons for including script always the same? To what extent does it still consciously connect with Arab/Iranian Muslims identities, or in some cases with the rejection of western representational art?” asked herself Venetia Porter in the introduction to the catalog of the debated exhibition “Word into Art: Artists of the Modern Middle East”, set in 2006 at the British Museum in London. And the impossibility of answering her own questions, as the curator herself realized, it is already by itself an element revealing the need for rethinking “calligraphy”, a traditional element of Arab visual culture, that Arab and Muslim artists are now implicitly imposing on themselves and the theorists, their companions on the road.

In fact, in my opinion while it is limitative and misleading to isolate calligraphic expressions, so to speak, and artists who use them, within the overall context of contemporary researches conducted in the Middle East; and while it is certainly wrong to think that all artists who use linguistic signs, calligraphy and writing, do so for the same reason, perhaps just to reconnect to their own «identity», as Porter says, forcing not just a little the term “identity”, and/or to refuse, at this point, “Western identity”, which apparently Porter sees, in a very limited way, based on “mimesis”, on representation; however, the need to observe and exploit the great personalities who have appealed to calligraphy as a basic element of their visual and artistic research arises, differentiating them from those many contemporary artists who, depending on circumstances, can also use linguistic signs and even words among the other elements of their own project or painting composition or mixed media.
Not so many people used Arabic calligraphy in full awareness of mastering this important, ancient and difficult tradition. Even though they are not only seeking to please their visual palettes but also channel their work into the stream of that tradition.
This is the case of Nja Mahdaoui, who was born in Tunisia in 1937 and trained in Italy and Paris: Mahdaoui brought the Islamic “culture of the sign”, the graphic ability dedicated to the articulation of Arab writing on surface, to a hardly imaginable or reachable degree of perfection.

By using with great care and immense creativity the invaluable technique of Arab calligraphy on the most different surfaces, from traditional canvas to parchment, papyrus and then gradually to silk, carpets. He even uses his technique on different objects, transforming with fervent creativity the calligraphic element in “coating” decorative and spatial coverages applicable to virtually any object. Such as airplanes: indeed Madhaoui decorated the outside of four Boeing Gulf Air airliners.
The artist certainly worked under a tradition, however argued its context and functionality. According to the model offered by Swiss linguist Ferdinand de Saussure, a sign must involve two levels of communication: one on the ‘meaningful,’ say on a physically perceptible aspect, and consequently it is a potential vehicle of aesthetic values; and secondly, on a mental concept that refers to the object (of which we will refer to as the ‘referent,’ an extra-linguistic element added to the mix).
Mahdaoui suppresses significance. He sinks and disrupts his style into an autonomous exuberance of arabesque forms. The decorative elements are represented in a liberal and graphic-based game played out of his hand and through his whole body, which seems to almost have a great gestural and physical richness to the action painting. His calligraphy, therefore, seems to look like writing but it is not. It is rather an interlacing of a dialectic relationship also found with Western abstraction. Or at least with a similar component of it that he cultivated with more conviction of the decorative need. I spoke with him about it:

Martina Corgnati: Nja Mahdaoui est l’un des maîtres de la calligraphie du monde arabe les plus reconnus. Comment avez commencé cette pratique et comment avez vous développé cette habileté et connaissance?

[Nja Mahdaoui, you are one of the most recognized masters of calligraphy of the Arab world. How did you started in this practice and how did you develop this ability and knowledge?]

Nja Mahdaoui: C’est probablement dû à ma conception sémantiquement conséquente de l’esthétique artistique du point de vue traditionnel, que je m’étais ouvert avidement à l’absorption de la connaissance et du savoir universels, et que j’ai culturellement abordé l’esprit du droit à la digression, en tant que passerelle positive.

C’est ainsi que j’ai pratiquement tenté de transpercer le réceptacle des cloisonnements identitaires de l’héritage séculaire ,lesquels étaient longtemps sublimés par les méfaits des symptômes redondants formés par une esthétique distinctive et immobile, tout en réfutant les liens étroits avec toute subordination au chaos de l’appartenance absolutiste aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.

Néanmoins, n’étant pas un calligraphe de formation, j’ai plastiquement interprété des œuvres dont la thématique esthétique était essentiellement puisée dans l’art des lettres arabes, dont j’ai intentionnellement restructuré les arcanes morphologiques en guise d’attitude indiciaire et organique sous forme de méta signes de fission et d’anagrammes de posture contemporaine, suivant des concepts de recherche purement esthétiques.

Par mon choix de peindre à partir des lettres graphiques, j’ai sciemment déterminé une picturalité spécifique à ma culture originelle que j’interprète en tant qu>attitude en «contre-proposition» au questionnement ontologique, formé par la confrontation des concepts : tradition et modernité, résultant toutes deux d’un désordre atemporel.

Toutefois cette confusion historique soutenue le plus souvent par les calligraphes traditionalistes ainsi que par les tenants des dogmes archaïques… a souvent été provoquée par leur obstination et surtout par leur rigidité figée autour de la lisibilité structurelle de la «figure – matrice» dans toute œuvre ressourcée au cœur de la spatialité des écritures sacralisées..

C’est effectivement grâce à cette vision conceptuelle que j’ai réalisé , et réinterprété dans une optique contemporaine une œuvre libérée de toute contrainte, c’est à dire une œuvre que j’ai proposé comme œuvre d’art et non pas comme un travail de fixation momifiée aux contours codés et commandités…

Cette liberté d’action artistique m>exposa à assumer l’anathème du ressourcement et de la désillusion, en dérogeant aux règles formelles d’un art bâti sur les dédales des systèmes autres que culturels, systèmes préétablis et définis en vue d’une soumission naturelle à un genre artistique de complicité, inverse aux princeps du rêve.

MC: Quel est le rôle et la considération de la calligraphie dans le champ général des arts dans le monde arabe?

[What is the role and the consideration of calligraphy in the general field of the arts in the Arab world nowadays?]

Pour certains artistes contemporains du monde arabe - fourvoyés dans la sinuosité des dédales de l’art contemporain… L’utilisation systématique des structures calligraphiques et/ou d’aspect lettristes qu’ils puisent dans l’ensemble de la calligraphie arabe classique en tant que telle - laisse entrevoir chez certains créateurs et calligraphes copistes (voués à l’exclusion), un souci identitaire majeur qui n’a aucun lien avec l’art visuel au sens de l’esthétique plastique universelle.

Par contre, en ce qui concerne ma démarche spécifique , il s’agit à la fois d’une véritable transition culturelle et d’une ultime anticipation dans l’intérieur des éléments – Car s’agissant de l’altérité phénoménologique proposée par la problématique de la création au sens de l’ universalité - J’ai estimé, qu’il ne fallait point confondre les rapports radicaux avec la culture originelle !

Selon ma vision de l’esthétique, tout créateur qui souhaite échapper à l’attrait affectif de la force magnétisante de l’héritage au sens de la confrontation méta-historique , est sensé prendre en considération les effets engendrés par l’intuition émotionnelle de la « société - mémoire », laquelle est tributaire des enjeux et des valeurs traditionnelles à la fois par la voie de la rédemption, la défloration de la conscience identitaire, la tolérance destinale voilée, l’élision du verbe interdit et à l’aspiration de la figure manifeste !.

MC: Qui ont été vos maîtres? Les personnes qui vous ont inspiré et qui on été importantes pour vous?

[Who were your masters? People who inspired you who were important from you?]

NM: Les véritables maîtres dont les noms reviennent le plus souvent à la mémoire de chaque être créateur sont les noms de ceux qui ont bâti l’édifice du ressourcement fondamental au niveau de l’intellect. Grâce à la sagesse de certains maîtres authentiques, il y a obligatoirement une nouvelle éclosion et une nouvelle orientation… Toutes deux ouvertes sur la conscience vivante de l’humanité.

Quoique j’estime que c’est notre environnement immédiat qui nous enveloppe de toutes sortes de sensations alliant le spirituel dans toute sa splendeur à la création spontanée.

MC: Votre façon particulière de travailler semble créer un “handicap” pour celui qui observe, spécialement l’observateur qui lit l’arabe. Est-ce intentionnel ? quel est votre but ?

[Your particular way of working seems to create a kind of “handicap” to the observer, especially the Arab-reading observer ; do you mean it ? what is your aim?]

NM:Bien au contraire, tout en étant à l’antipode de donner une quelconque sensation «d’handicap», ce que je cherche à développer avec ma création chez toute personne susceptible d’observer mon œuvre peinte , gravée , tissée, sculptée … c’est la notion spirituelle de la communion avec une esthétique d’observance au sens du dévoilement intellectuel et de la rencontre avec l’absolu.

Lors ce que les signes graphiques de toute sorte de calligraphie compréhensible sont vidés du sens se présentent sous le regard d’une personne qui connaît les codifications de telle ou telle langue ! - ils permettent à tout récepteur d’observer une esthétique du signe et non la quête d’un mot, d’un verbe ou d’une phrase, qui risquent de devenir des inducteurs de dictats ou de discours aux connotations éclatées !

MC: Quelle est l’importance de la décoration dans l’art arabe aujourd’hui ?

[Which is the importance of decoration in the Arab art nowadays]

NM: L’art delà décoration étant du domaine des concepts architecturaux dans toute la globalité structurale d’un habitacle, d’un espace libre et/ou d’une intimité …elle doit impérativement être prise en considération d’un ensemble social , psychologique , culturel, cultuel et surtout vital d’une société donnée.

L’art arabe et toute décoration du type stylisé dans l’adoption significative arabe devraient se situer aujourd’hui dans l’art universel en tant que signes et non en tant qu’ensemble référent et indicateur d’exclusion …

MC: Comment voyez-vous le futur de la calligraphie dans l’art contemporain aujourd’hui ?

[How do you see the future of calligraphy in the contemporary art?]

NM: Etant donné que nul artiste ( arabe ou autre…) ne pourrait prétendre avoir TROUVÉ la solution idéale, quant au devenir de l’art au sens noble du terme – c’est à dire dans sa proposition d’universalité et non dans une optique restreinte à une culture spécifique !

J’estime pour ma part –et surtout grâce à ma propre expérience artistique « que l’étape du fait et du geste IDENTITAIRES –si nécessaires soient-ils à un moment donné de mon itinéraire et de ma quête – ne devraient en aucun cas DEVENIR le but unique d’une situation permanente d’élaboration statique –ce qui sonnera comme une fin de la création elle même.

Bien au contraire, l’étape de la prise de conscience de cette recherche – référendaire - a pour rôle essentiel – de remplacer la plate forme inductrice des écoles autres…influences, suggestions etc… afin de permettre la confrontation des genres et des idéologies visuelles… d’initier aussi la marche parallèle avec les actions autres –permettre l’échange impératif des idées et le partage…

AFIN DE S’OUVRIR SUR UN « ART AUTRE » …MAIS DONT LA SOURCE FONDAMENTALE EST –CETTE CULTURE DE BASE –PRISE ALORS EN TANT QUE référent DE VALEURS UNIVER

For the full interview in English, please visit www.contemporarypractices.com

Martina Corgnati is a Milan-based art historian, curator and critic. She holds the chair of History of Contemporary Art at Albertina Academy, Turin, Italy. Her curatorial practice included contemporary practices and artists from the Middle East in the past decade. She curated Gates of the Mediterranean, Rivoli, Turin, 2008, Arab and Italian Artists around the Mediterranean, Italian Cultural Institutes of Damascus, Beirut and Cairo, 2008, South-East: Mediterranean Encounters, Horcynus Orca Foundation, Messina, Italy, 2005. Martina Corgnati is author of over 20 books and 200 artists’ catalogues essays.

 

 
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